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Le jour où j’ai compris que mon travail m’abîmait

par Christophe Peiffer

Je reçois aujourd’hui en tant qu’invité, Christopher Symbrat qui est psychologue du travail, ancien Responsable RH, et fondateur du blog Je vaux Plus. Il accompagne les professionnels expérimentés qui veulent sortir d’un job qui ne leur correspond plus et retrouver un travail qui a du sens. Dans son article, il partagera avec vous une belle analyse pour mieux se situer sur l’impact de notre travail sur notre équilibre.
La visio a démarré et elle m’a salué avec un grand sourire, qui semblait aussi révéler autre chose. C’était notre première séance. Elle s’appelait Sophie (un prénom que je change pour préserver son anonymat), 38 ans, cadre dans le secteur associatif depuis plus de dix ans. Lors de la prise de contact, elle avait parlé d’un travail sur son CV, d’un accompagnement professionnel.
Mais dès les premières minutes, j’ai compris qu’il s’agissait de bien plus. Elle a pris une profonde inspiration, hésité un instant, puis m’a confié : Je crois que je suis en train de devenir une mauvaise personne.
Ce genre de formulation, je l’avais déjà entendue. Elle trahit souvent une usure qui va bien au-delà d’un simple stress passager. Mauvaise ? ai-je demandé. Oui, expliqua-t-elle, le regard fuyant. Je suis devenue cynique. Froide. Je me surprends à parler sèchement, presque méchamment, à mes collègues, alors que ce n’est pas du tout dans ma nature. Je me suis surprise à ricaner de façon sarcastique en réunion. Même chez moi, je suis sèche avec mes enfants, je m’énerve sans raison. Ce n’est pas moi, ça. Elle s’est mise à baisser les yeux, comme si elle portait un lourd fardeau, une honte presque physique.
Je me demande parfois si ce travail ne me déforme pas, si je ne suis pas en train de perdre ce que j’étais. Il y avait dans sa voix une fatigue profonde, une détresse que les mots ne pouvaient pas totalement exprimer. Ce n’était pas une surprise. J’avais déjà vu ce mécanisme à l’œuvre chez d’autres. Mais chez elle, il se manifestait avec une intensité désarmante. Le malaise discret qui dure Quand on évoque le travail toxique, on imagine souvent des scènes explosives : des conflits ouverts, des cris, des portes qui claquent, un harcèlement manifeste.
Ce genre de situations extrêmes qui frappent les esprits et laissent des traces évidentes. Mais dans le cas de Sophie, rien de tout cela. Pas de hurlements, pas d’accusations frontales en réunion, pas de coup de gueule tonitruant. Juste un climat pesant, une pression sournoise qui s’installe sans qu’on sache vraiment pourquoi. Les consignes étaient floues, changeantes, parfois contradictoires. Un jour, on lui demandait de gérer une urgence comme si tout reposait sur elle. Le lendemain, on lui reprochait son excès d’initiative.
Les collègues, quand ils étaient là, restaient en surface, distants, parfois même méprisants – comme si sa simple présence dérangeait l’équilibre implicite de l’équipe. Son manager, lui, était incapable de poser un cadre clair, d’assumer ses responsabilités, ou même de lui dire franchement ce qui n’allait pas. Il préférait l’évitement et les non-dits.
Ce genre de climat, je l’ai vu s’installer dans plusieurs structures : personne ne crie, mais on s’épuise à essayer de deviner les règles du jeu. L’ambiguïté devient le vrai poison. Pendant presque deux ans, Sophie s’était accrochée. Elle aimait ce qu’elle faisait. Elle se répétait que ce n’était « pas si grave », qu’elle analysait peut-être mal les choses, qu’il suffisait de prendre un peu de recul. Elle avait essayé des stratégies pour se protéger : se convaincre que ce n’était qu’une phase, s’isoler un peu, faire bonne figure.
Mais à force de composer avec cette ambiguïté permanente, ce flou pesant, elle rentrait chez elle de plus en plus souvent vidée de son énergie, sans vraiment comprendre pourquoi. Petit à petit, elle perdait sa motivation, malgré la noblesse de la cause pour laquelle elle s’était tant engagée. Un matin, dans l’ascenseur, elle s’était arrêtée net en croisant son reflet. Elle avait du mal à reconnaître cette femme au regard dur, aux traits tirés, presque fermés. C’est là que cette pensée l’avait frappée : Est-ce que ce travail est en train de me détruire ?
Le vrai problème n’est pas toujours visible. Ce que traversait Sophie, je l’ai vu de nombreuses fois, aussi bien en entreprise que dans mon travail d’accompagnement. Ces situations-là ne crient pas. Elles grignotent. Avec le temps, j’ai appris que ce ne sont pas forcément les environnements les plus « démonstratifs » – ceux où les désaccords s’expriment bruyamment – qui causent le plus de dégâts. Parfois, le pire est silencieux, diffus, difficile à nommer. C’est ce genre de contexte où l’on s’épuise lentement, jour après jour. Où les repères se brouillent, les attentes restent floues, la reconnaissance s’efface. Où l’on vous demande toujours plus, mais sans jamais l’assumer clairement. Où l’on se sent peu à peu dépossédé de sa marge de manœuvre.
Ce qui pèse surtout, c’est cette impression d’être devenu invisible. Inaudible. De voir le lien avec les autres s’effriter, les échanges perdre leur sens. Et c’est d’autant plus dur à identifier que, sur le papier, rien ne semble « grave ». Sophie avait un CDI. Un salaire correct. Parfois même des marques de reconnaissance – venant des bénéficiaires, des partenaires, ou de l’extérieur. Mais cette sécurité apparente devient une prison dorée – car souvent, on se tait, on compose, on tient.
À l’intérieur pourtant, quelque chose se fissure : le fond, lui, ne tient plus. Les signaux sont là, mais on les nie Sophie avait bien remarqué que quelque chose clochait. Elle dormait de plus en plus mal, les nuits se faisaient courtes, agitées par des pensées tournant en boucle. Son irritabilité montait en flèche, et elle se surprenait à s’emporter pour des détails, ce qui n’était pas dans son tempérament. Sa confiance en elle, qui avait toujours été solide, commençait à vaciller. Elle doutait de ses compétences, de ses décisions, de sa valeur. Pourtant, elle n’a jamais mis un mot précis sur ce malaise grandissant. Elle n’a jamais parlé explicitement de « violence », ni d’ »abus ».
Le mot « toxique » ne faisait pas partie de son vocabulaire. Au contraire, elle attribuait ces symptômes à sa propre fatigue, à sa charge mentale écrasante, à une forme de « fragilité » qu’elle n’osait pas avouer. Comme beaucoup dans sa situation, Sophie se sentait coupable. Coupable de ne pas tenir le choc, coupable de s’écrouler là où d’autres semblaient réussir à faire abstraction. Elle pensait qu’une vraie professionnelle aurait su faire le tri, mettre de côté ses émotions, rester solide, sans failles. Elle se répétait souvent : C’est moi qui dois changer. Mais c’était un piège. Ce n’était pas elle le problème. Le véritable problème, c’était l’environnement dans lequel elle évoluait – un système froid, déshumanisé, qui, sans cris ni menaces explicites, avait fini par rogner sa confiance, émousser ses émotions, et affaiblir sa capacité à penser clairement et sereinement.
C’est un des effets les plus délétères : on ne voit plus clair, on n’a plus l’élan de bouger, et ce qui nous détruit finit par nous sembler normal. Ce n’est pas une histoire isolée Sophie aurait pu être votre collègue. Ou votre amie. Peut-être même vous. Son histoire n’est pas un cas isolé, une anecdote singulière. C’est celle de milliers de salariés en France – et ailleurs – qui vivent au quotidien un mal-être discret, sourd, qui ne déclenche pas d’alarme immédiate, mais qui les ronge profondément.
Beaucoup restent dans cette situation sans oser quitter un travail toxique, faute de mots, de repères ou de soutien. Ces personnes ne considèrent pas aller « assez mal » pour alerter leur hiérarchie, ou la médecine du travail, par exemple. Elles ne se sentent pas assez maltraitées, pas assez victimes, pas assez « légitimes » pour faire entendre leur voix. Pourtant, elles ne vont pas « assez bien » non plus pour s’en sortir seules, pour continuer à avancer sans un vrai changement. Cette zone grise du mal-être au travail est celle qui fait le plus de dégâts sur le long terme, car elle s’installe sans bruit, en douceur.
Elle fragilise la confiance, le moral, la santé mentale, et finit par mettre en péril l’équilibre personnel et professionnel. C’est ce qui pousse parfois certains à démissionner sans préavis : quand ils ont trop subi, et qu’un évènement déclencheur les pousse soudain à sortir de cette situation, malgré les conséquences potentielles Sophie, elle, a fini par partir. Pas sur un coup de tête comme dans les cas décrits juste avant, ni dans la précipitation. Son départ a été le fruit d’un véritable cheminement intérieur, d’un travail long et exigeant pour se reconstruire, retrouver ses repères et dépasser la honte qui l’accompagnait.
Cette honte de ne pas tenir le choc, d’échouer là où d’autres semblent réussir, de ne pas avoir su dire stop. Mais ce travail a été nécessaire. Essentiel. Parce que s’éloigner de ce qui nous détruit est la première étape pour se protéger et se reconstruire.
Si vous vous reconnaissez dans cette histoire… Peut-être que votre travail vous abîme. Lentement. Silencieusement. Peut-être que ce que vous vivez n’est pas une simple mauvaise passe. Mais peut-être aussi que le problème ne vient pas de vous – ni de votre personnalité, ni de vos compétences, ni même de votre engagement. Un environnement toxique qui vous use, un climat délétère qui vous épuise, ce n’est pas votre faute. Mais c’est à vous qu’il revient de dire stop. De poser une limite. De décider que ça suffit. Que vous ne laisserez plus ce travail vous abîmer, vous voler votre énergie, votre confiance, votre joie. Prendre cette décision est le premier pas – parfois le plus difficile – vers une vie professionnelle plus saine, plus respectueuse, plus en accord avec ce que vous valez vraiment.
Votre futur-vous vous remerciera.
Christopher du blog Je vaux Plus
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Je suis Sandra Kaliamma, messagère des Plans de Lumière, thérapeute holistique et artiste musicienne. Mon rôle est de vous accompagner sur votre chemin de vie, en reliant la lumière et l’ombre pour permettre à la Source de Vie de s’épanouir en vous.

 

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